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une ballade en campagne

Dernière mise à jour : 6 oct.

Une balade en forêt…

C’était un automne, précoce, les odeurs de pluie déjà infusaient mes rêves de la nuit, images de cheminée éclairée, de couleurs douce ocres, de soirées languissantes, quand dans mes promenades matinales, je parcours les chemins proches de la maison.

J’habite un village tout ce qu’il y a de plus banal, en province, pas en montagne, pas en bord de mer, simplement dans une marche, un entre deux de paysage qui a malgré tout son charme, une tranquillité presque engourdissante. Des vallées sans prétentions, juste ce qu’il y a de creux pour pouvoir y prétendre, des collines douces, boisées couvrant l’horizon à perte de vue, de petits ruisseaux, silencieux timides et des sentiers bucoliques, taquins, surprenant de variétés.

Buvant tant bien que mal mon café brûlant du matin, je me demandais si j’allais honorer ma promesse faite hier, une promesse imprudente faite à une improbable inconnue, dans un improbable lieu, si près de chez moi.

La veille pourtant rien n’indiquait que j’allais vivre un moment particulier, un moment comme j’en ai rêvé parfois, un peu magique, une rupture de la routine, il faut dire que j’ai un certain âge, et des rêves j’en ai eu, mais tous ont passés, ils se sont assagit, évaporés dans la douce habitude de la vie.

A chaque fois les mêmes gestes, les mêmes rituels avant de sortir, je lasse mes chaussures de randonnée que j’aime porter me donnant un faux air de montagnard, le bâton que je prends en ayant un regard nostalgique sur mon piolet sagement accroché avec mes vielles cordes, mousquetons et autres équipements de montagne.

Puis mon vieux chapeau, mon poncho, ma carte au vingt millième, chiffonnée et me voilà parti, il est huit heures du matin, Jessie à mes basques virevoltant autour de moi… Oui il faut que je vous présente Jessie une bâtarde avec qui partage ma vie depuis dix ans maintenant, une compagne exigeante sur la question de la gamelle et de la promenade quotidienne. Une couleur indéfinissable, une oreille qui vous salue quand l’autre qui se tient bien raide, et des yeux de charmeuse, éternellement accrochés à mon regard.

Nous voilà parti donc, comme souvent, les forêts et les bois proches de la maison nous permettent d’être vite en pleine nature, les chemins de terre, parfois tracés, souvent recouverts de feuilles en ce mois d’octobre nous invitent à avancer, sans réfléchir, changeant parfois d’itinéraire, sans s’en apercevoir, l’important est de marcher, respirer, se laisser griser par le départ, partir, et sentir à chaque fois ce frémissement, cette sensation de se dire et si je ne m’arrête plus, si mes pas posant le pied sur le chemin devant ma porte m’amèneraient vers des pays lointain, marcher sans s’arrêter, pour toujours…

Jessie pleine de vie menait une vive allure, on ne s’en rend pas compte comme un chien peut marcher vite, dans le sentier en faisant attention aux blocs de pierres épars on apercevait déjà les « pieds de moutons », champignons du « pauvre », qui émergeaient, cela me faisait penser que je devrais me programmer une journée de cueillette, les cèpes m’attendront je l’espère. Les branches nous entourant de chênes verts qui se penchaient sur notre passage à nous effleurer, recouverts de rosée de la nuit, m’aidaient à me réveiller, des gouttelettes d’eau fraîche m’aspergeaient le visage. J’étais heureux ce matin, ma solitude le temps d’une promenade allait se faire oublier, et je pouvais jouir d’un moment de plaisir comme la marche peut en donner, un effort physique avec des pensées pour soi, un rendez-vous avec soi, curatif.

Le chemin pris ce jour-là parcourt un bois qui recouvre une ancienne carrière, on aperçoit çà et là des recoins, des trous, des grottes, donnant à notre promenade un air d’aventure dépaysante, au détour d’une falaise artificielle, un énorme trou, ancien gisement de pierre qui a servi probablement à construire des cathédrales, des édifices magnifiques dans les villes. Ce jour-là, suivant Jessie, je découvrais un nouveau sentier caché par des buissons, un ruisseau le bordait s’engageant dans les frondaisons, la végétation tellement dense que le jour naissant perçait à peine à travers les feuilles. Une nouvelle découverte, un nouveau défi. Le soleil encore bas m’aveuglait au détour d’un feuillage encombrant le sentier humide, soleil du matin froid, qui me faisait apparaître un monde fantastique à travers les paupières mi closes.

Je vérifiais sur ma carte elle ne montrait aucunes indications, si ce n’est une ruine à quelques pas, indiquée comme étant une ancienne mine probablement désaffectée. Intrigué et excité par la perspective d’une découverte intéressante, d’un nouvel itinéraire de promenade, je m’engageais sur le sentier à peine dessiné, la terre fraîche odorante montrait de nombreuse trace de chevreuil facilement reconnaissable et malgré l’air frais du matin je commençais à avoir chaud.

En avançant je trouvais la végétation fournie, entre les chênes, les hêtres et les fougères qui débordaient sur le sentier, tout cela faisait un ensemble touffu et dense autour de moi.

Au fur et à mesure de ma progression le chemin se faisait de plus en plus étroit si ce n’était Jessie qui sentait bien la piste j’aurais pu facilement m’égarer.

Après une heure de marche le soleil déjà haut dans le ciel je sentis une odeur facilement reconnaissable de bois qui brûle, synonyme de foyer, de cheminée prodiguant sa chaleur. Et en effet, la végétation faisant comme une trouée j’aperçu le haut d’une maison au-dessus d’un buisson et sa cheminée fumante.

Je trouvais plus loin un espace vert d’herbes sauvages encore blanchies par la nuit froide et de ci de là des vielles charrettes à bras d’un autre âge, des tas de bois mal rangés, une vielle charrue rouillée et un ensemble désordonné autour de la maison que je pouvais voir maintenant dans son ensemble. C’était une vielle habitation qui s’apparentais plus à un relais de chasse qu’un endroit où vivre, tout cela donnait plutôt une impression d’abandon ou d’un lieu inoccupé.

« Jessie viens là » criais-je soudain voyant ma chienne foncer derrière la masure, toujours inquiet de la perdre « soulevant » un chevreuil ou un sanglier et ne plus pouvoir la tenir.

Soucieux je me précipite dernière le bâtiment et que vis-je, Jessie faisant des câlins à une personne, que je distinguais mal au premier abord et que je finis par identifier comme une femme d’un certain âge, difficile de se définir mais il était évident qu’elle avait vu de nombreux automne. Apparemment elle était en train de remplir un panier à bûches avec difficulté au vu de ses grimaces en se relevant pour me saluer.

Je me souviens encore de ses yeux pénétrant, gris bleus, un peu perdu dans ses rides, ils exprimaient de la profondeur, de l’intelligence. Ma première réflexion fut de me dire :

« Ce devait être une très belle femme, à n’en pas douter ! »

C’est troublant comme les yeux peuvent garder une fraîcheur de première jeunesse malgré tout ce qu’ils ont pu voir.

« Bonjour Madame, j’espère que ma chienne ne vous a pas dérangé ? »

« Votre chienne m’a dit bonjour et ma susurrer que vous étiez un galant jeune homme »

Me dit-t-elle avec un sourire plein de malice…

Je ne mis pas longtemps à comprendre ce qu’elle souhaitait, je trouvais la situation amusante, m’intéressant toujours aux anciens et à entendre leurs témoignages, je lui proposais donc de l’aider à rentrer son bois.

Les buches de trente centimètres n’étaient pas encombrantes et j’ai tôt fait de remplir le panier et l’accompagner à sa porte. En entrant je sentis comme je m’y attendais, une forte odeur de feu de bois agréable, et mes yeux s’habituant l’endroit sombre j’ai pu l’observer dans son ensemble.

C’était une pièce unique, une table ronde siégeant au milieu de la pièce avec encore des reliefs d’un repas récent, on apercevait vers la gauche, sous l’unique fenêtre, un évier à l’ancienne, en grès, servant probablement pour la cuisine, la toilette, au mur à côté une grande glace, et là, sur le fond, je distinguais tant bien que mal un canapé d’une couleur indéfinissable, sous un plancher faisant mezzanine, et enfin sur la droite trônant au milieu du mur une grande cheminée, trop grande pour la pièce.

« Mettez le bois près du foyer il faut que je ravive le feu, je viens de déjeuner mais je prendrais bien encore du thé quand même, m’accompagnerez-vous ? »

J’acquiesçais bien volontiers ravi de cette rencontre et étonné de sa façon de parler compte tenu de la région où les anciens gardent encore du parler argot, et je me sentais dans une ambiance étrange, comme entrant dans un moment hors du temps.

Après avoir disposé les buches et ravivé le feu je m’installais tranquillement à table invitant Jessie à s’assoir près de moi. J’étais heureux, curieux de cette découverte, pleins de questions se bousculaient dans ma tête, comment une vielle femme pouvait vivre dans ce lieu, et je me rendais compte qu’il n’y avait aucune ampoule ou lampe nulle part, se pourrait-il qu’il n’y eût pas d’électricité ?

Pendant que mon hôte s’affairait pour le thé en faisant chauffer la bouilloire je pu distinguer près du canapé difficilement par le manque de lumière, une immense bibliothèque qui prenait tout le mur, c’était trop pour moi ; amoureux et collectionneur de vieux livres, je ne pus m’empêcher de me lever pour examiner de plus près ce trésor. Il y avait de tout, des romans de Maupassant, Flaubert, Balzac, vielle édition, des livres historiques d’auteurs que je ne connaissais pas, même une collection importante des pléiades, mais ce qui avait accroché mon regard, ce fut un livre reconnaissable entre tous, un dos couleur rouge avec des nerfs bien typiques, des titres en lettres dorées et je pus lire à haute voix :

« De la terre à la lune » et plus bas « autour de la lune » Jules Verne…

Je ne me pus retenir mon geste et saisir le livre pour l’ouvrir à la deuxième de couverture, fiévreux pour vérifier ce que je devinais d’avance :

« Collection Hetzel, 18 rue jacob, paris VIe. »

Je n’en revenais pas et je devinais que ce livre n’étais un orphelin dans ce magnifique endroit, en me retournant la vielle dame me regardait en souriant.

« Je vois que vous admirez mes petits protégés ? »

Un peu confus, je balbutiais qu’effectivement je vouais une passion des livres en tant qu’objet et en tant qu’œuvres éternelles.

« Vous savez jeune homme, je suis plutôt vers une conclusion de ma vie et je me fais du souci pour mes petits-enfants que deviendront-ils pour les plus précieux, c’est un souci pour moi ».

« Je comprends vous pourriez faire des dons auprès d’institutions ? »

« Oui j’y songe mais je souhaite vous faire une proposition qui devrait vous plaire »

« Madame je ne demande rien si ce n’est peut-être pouvoir consulter vos ouvrages avec du temps »

« J’ai mieux pour vous, aller en bas de la dernière étagère il y a un coffre, amenez-le-moi et je vais vous expliquer »

« Au fait je m’appelle Juliette » …

Me voilà donc le lendemain de nouveau devant sa porte à l’heure convenue pour honorer ma promesse.

Après s’être installé sur sa table je repris le petit coffre, il contenait plusieurs paquets de lettres, enrubannés pour certains, ficelés pour d’autres. En défaisant délicatement le premier qu’elle me tendit compte tenu de son apparence fragile, manifestement des vieux documents, je fus surpris de constater des cachets de cire fracturés, les lettres dataient donc du 19ème 7 du 18ème.

« Une fois par semaine, deux ou trois lettres lues par vous, jusqu’à finir le petit coffre, et le livre sera à vous, et peut-être un autre aussi ce sera une surprise. »

Je compris alors ses hésitations dans ses mouvements et son attitude un peu gauche, sa vue ne lui permettait plus de lire correctement.

Je dépliais la première lettre d’un seul tenant sans enveloppe, je pus lire l’adresse écrite à la plume avec des lettres fines serrées et penchées : à « Mlle Catherine Lemoine chez Monsieur l’imprimeur Jean-Baptiste Lemoine, Orléans. »

Mon émotion grandit encore quand je pus lire les premiers mots :

« Paris le 20 septembre 1774, Mardi au soir ».

Je n’en crus pas mes yeux et sans plus attendre j’entrepris la lecture, dans cet endroit sombre qui sentais l’âtre brûlant, à côté de cette femme regardant le feu mais attentive à ma voix et entourés de cette campagne silencieuse où seulement le bruit des oiseaux et des bûches crépitantes se faisaient entendre.

« Ma chère Catherine, j’ai passé une journée excitante hier encore dans le salon de mon ami Antoine avocat et Limousin comme moi, depuis que Monsieur Turgot a été nommé par notre bon Roi Louis aux finances du Royaume, j’ai bon espoir de voir ma bonne fortune revenir, on parle de changement au parlement mit en place par Maupéou, le travail s’annonce sous de bons auspices. Tu as bien fait de quitter Paris, le peuple est agité et le pain viens à manquer souvent, tous les jours il y a des émeutes dans les quartiers, les gens sont surexcités et on parle de changement dans tous les lieux. Les Libelles sont voraces pour la famille royale on verra comment cela va tourner. Je suis allé voir ton jeune frère Faubourg Saint Honoré comme promis, j’ai pu lui parler malgré le maître boulanger réticent à le réveiller, il dormait à même un sac de farine et il n’a pas bonne mine, il ferait bien de te rejoindre chez ton oncle à Orléans.

Je viendrais te rendre visite le mois prochain je pourrais parler à ton oncle de notre projet d’union, je languis de te voir, tes boucles dorées et ton sourire me manquent même s’ils colorent mes rêves de toi toutes mes nuits. Je t’aime d’un amour et d’un attachement sans failles.

Ton ami et amour pour toujours.

François Morel.

A la fin de la lettre, je me tus méditant ces mots que ma voix avait donné vie, là dans le silence de cette masure. Juliette avait les yeux fermés et un beau sourire illuminait son visage.

J’ai lu plusieurs lettres du paquet cet après-midi-là. Me replonger comme si j’y étais dans les évènements de la Révolution française, était excitant et en même temps étrange de pénétrer ainsi dans la vie intime de ce couple.

François très actif, participant aux cahiers de doléances dans le bailli de son limousin natal, élu député du tiers état, jonglait entre sa vie privée et ses engagements politiques.

Plusieurs écrits faisaient état de leur mariage à Orléans, de leur future installation à Paris, Chaussée D’Antin, repoussant à chaque fois le déménagement. Puis je saisi la dernière lettre avec une certaine émotion :

« Paris le deux septembre 1793

Lundi au soir,

Ma chère Catherine, ma tendre épouse, cela fait plusieurs mois que je ne t’ai pas fait signe, les évènements ici s’accélèrent pour mon groupe des Girondins, nous sommes soumis à une pression inacceptable de la part de certains Montagnards, je t’expliquerai, depuis l’exécution du Roi je sens que les idées se radicalisent encore plus, les comités sont sans pitié dans la recherche des traîtres à la nation.

Tu dois insister auprès de ton oncle pour faire preuve de prudence sur ce qu’il imprime, les tribunaux révolutionnaires cherchent des coupables, des têtes à guillotiner.

Ma chère Catherine, mon amour, embrasse tout le monde de ma part, je regrette tellement de ne pas t’avoir écouté, tout ce tumulte, ces espoirs déçus, ses désillusions pour se rendre compte que le plus important c’est toi, uniquement toi. Je t’aime.

François... »

Je restai silencieux, avec cette sensation prégnante d’une fin, une fin qui ne le plaisait pas. Je regardais Juliette, son visage éclairé par les flammes, qui faisaient des jeux d’ombres et lumières, mon esprit plein de question.

« Pourquoi plus de lettres après celle-là ? que sont devenus Catherine et François ? »

« Je sais que François Morel faisait partie des Girondins et je pense qu’il a été emporté avec tout son groupe par cette folie meurtrière de la terreur. »

Ainsi chaque semaine, en milieu d’après-midi, je fis la lecture à Juliette.

 

Le deuxième paquet on retrouva Catherine qui transforma l’imprimerie de son oncle, des années plus tard en librairie, et elle eut le courage encore de vivre une histoire d’amour avec un jeune journaliste d’Orléans.

Je parcouru plusieurs lots pendant plusieurs mois, des histoires d’amour pour beaucoup, des prénoms différents, des lieux différents, des vies différentes.

 

Quand elle me tendit enfin le dernier, il n’y avait que deux lettres dont une seule était timbrée.

Je buvais mon thé chaud, on était juste avant Noël, il faisait très froid et nos rendez-vous hebdomadaires devenaient des moments délicieux de complicité, je ne m’imaginais pas arrêter de parcourir toutes ces histoires à travers le temps, même si des interrogations restaient en suspens, comment avait-elle pu acquérir ces témoignages captivants et émouvants, Juliette, la complice de ce voyage était devenue une amie…

Le premier billet non timbré déplié, je vis une écriture à peine lisible sur un papier quadrillé, une feuille d’écolier. J’entrepris la lecture en la regardant amusé de ces surprises à chaque fois.

« Marie,

Je me risque de t’envoyer ce petit mot car une semaine sans te voir c’est très dur, je sais que tu crains ton mari et tu te dois d’être prudente.

Je t’ai aperçue conduisant l’ambulance hier de mon cabinet, en sortant de l’hôpital Baudens de notre belle ville d’Oran.

J’ai encore le souvenir de notre journée à la plage des Andalouses, l’odeur salée de ta peau me remplit encore, c’était magique comme à chaque fois, notre histoire est incroyable, tellement intense.

J’ai hâte qu’on puisse se revoir, caresser de nouveau tes boucles dorées, tu me manques, tu me préviendras quand on pourra faire notre pique-nique, plage ou forêt, comme il te plaira, la forêt M’Sila est magnifique au printemps avant les grandes chaleurs de l’Algérie.

Tu m’as promis qu’on pourra enfin parler d’avenir, je sais que divorcer d’un officier supérieur n’est pas facile en 1912, mais je suis sûr de mes sentiments, à la fin de mon service militaire en tant qu’aspirant médecin je m’installerai dans mon pays Angoumois, je veux que tu m’accompagnes, je possède une belle maison, des champs, des bois, on pourra se promener comme on aime sans se cacher.

Je t’aime Marie pour la vie.

François. »

Je pus facilement imaginer ce médecin, appelé, officiant à l’hôpital Baudens d’Oran, ayant une relation avec une femme mariée en 1912, une femme d’officier supérieur, une vraie romance encore une fois dans une époque encore puritaine.

Deuxième lettre, timbrée cette fois, même écriture à l’évidence mais fragile tremblante :

« Dirac, le samedi 2 septembre 2023,

Chère Marie,

Je ne sais comment aborder ce que je vais te dire ; mon esprit a du mal à concevoir tes révélations, mais je dois me rendre à l’évidence en te voyant vieillir ou plutôt en ne te voyant pas vieillir.

Je suis au soir de ma vie et tu es toujours dans mon cœur malgré mon âge, j’ai des solutions pour les difficultés dont tu m’as fait part. j’ai mon cousin qui est notaire à Angoulême je lui ai parlé de tes immeubles inoccupés que tu possèdes à Orléans et que tu souhaites vendre, il va trouver des solutions même s’il faut contourner la loi. Près de mon manoir je possède un ancien relais de chasse, un peu délabré mais avec un peu d’aménagement il pourra être agréable à vivre, il sera pour toi. Tu veux vivre loin de tout à présent, c’est ce que tu m’as dit dans ta lettre. Viens me rejoindre, Vincent qui s’occupe de mon domaine pourra faire le nécessaire, ma jeune nièce viens me rejoindre aussi pour me soigner dans ma fin de vie.

Comme nous en avons souvent parlé, de notre amour de la littérature, de la poésie et de l’amour magnifié, je vais te léguer une partie de ma bibliothèque, tu en prendras soin le temps qu’il faudra. Viens au plus vite et préviens-moi, le temps m’est compté.

Je ne sais pas si mon amour à compté dans ta vie toi qui a tellement vécu, mais pour moi, tu es ce qui me permet de partir comblé par la vie, ce cadeau, cet amour, c’est inespéré dans une vie.

Je t’attends, je t’aime.

François. »

 

Sur le chemin du retour, serrant contre ma poitrine le sac contenant deux précieux livres, dont un « Grand Meaulnes », je songeais à ce que je venais de vivre c’est quelques mois.

Mes idées se bousculaient, n’osant comprendre ce que ces lettres avaient révélées contre toutes rationalités, et c’est cette dernière image que je conserverai, en quittant la maison de Juliette, dans le reflet de la glace, je pu deviner dans la pénombre de ce mois de décembre, une jeune fille aux boucles dorées.

 

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